jeudi 14 avril 2011

« Tu n'oserais jamais faire ça à Liège ! »


HEURE-LE-ROMAIN - Interview théâtre




Une occasion de s'acoquiner avec Didier Boclinville et Gisèle Mariette en représentation à Heure-le-Romain pour la pièce “Les Voisins ". 


Vous êtes déjà allé à Heure-le-Romain ?
Didier Boclinville: Apparemment oui, c'est ce que l'on m'a dit quand j’ai été voir la salle. Mais je ne me souviens pas de tous les endroits. Je préfère garder ma mémoire pour des textes. Après toutes ces années, il faut que je fasse un peu de vide là !

Sur votre site, vous parlez de votre « carrière » d’humoriste. Pourquoi les guillemets ?
Didier Boclinville: Faire carrière c’est pratiquer un métier. Or pour moi c'est une passion. Comme il n’y a pas de mot dans la langue française pour ça…

On sent un lien particulier entre vous deux...
Didier Boclinville: On a tout de suite eu des affinités. Gisèle a écrit « Mario Ciccio à la Star Ac' »; on a aussi joué ensemble. Elle a coécrit « Les Voisins » avec Pierre Theunis. On avait envie d'être à nous quatre, Pierre, Betty, Gisèle et moi.
Gisèle Mariette: C’est une collaboration de longue date entre nous! J’écris depuis toujours , depuis que j’ai 8 ans, des pièces de théâtre, des films, un peu de tout.

Des films, il y en a qui ont été tournés ?
Gisèle Mariette: Non ! Ha ha, non !

Votre spectacle « Mario Ciccio au Psykiât » joué en Wallonie et en France ; et la suite « Mario Ciccio à la Star Ac' »… Je suppose que vous connaissez Mario Guccio, le chanteur de Machiavel.
Didier Boclinville: Oui, oui. Il m’avait bien fait rire aussi, lui, une fois… Ha ha ! Il est formidable, Mario Guccio. C’était au Millénium, une soirée avec plusieurs humoristes et des chanteurs. Et y avait un jeune aspirant avec sa maman… Mario Guccio s’était roulé un pétard, dans les loges, et il dit à la maman : « Toi, ton fils ... euh... » et il reste comme ça en suspens pendant 30-40 secondes, puis « Ton fils… » et c’est tout. Ha ha ! Les grandes phrases de Mario Guccio !

Est-ce que le Mario Ciccio a changé entre la plume de Thierry Berger et la vôtre ?
Gisèle Mariette : J’imagine… Pas le personnage, mais les situations. J’ai une formation hyper classique, alors que Thierry Berger est un autodidacte talentueux.

Vous avez une formation pour l’écriture ?
Gisèle Mariette : Non, non, non, au départ je suis comédienne.

Didier, vous avez suivi des cours de diction avec Bernadette Bouhy. Que devient-elle ? C’était ma prof, mais ça n’a pas marché sur moi.
Didier Boclinville: C’est vrai !? Je l’ai rencontrée y a pas longtemps, pour l’inauguration du théâtre de l’Etuve. Elle a pris sa pension et siège maintenant dans le conseil d’administration de l'Etuve.

Vous avez repris des chansons comme « Nathalie » de Gilbert Bécaud et « Aline » de Christophe, en version wallonne. Quel est votre lien avec la wallonophonie ?
Didier Boclinville: C’est en jouant des pièces en wallon qu’on apprend à le lire. J’aime bien l’écrire aussi, donc quand j’ai des soucis d’orthographe, j’envoie un mail à Paul-Henri Thomsin (« Les Liégeoiseries » sur Liège Matin). Le français est bien riche, mais avec le wallon des images nous viennent directement.

Comment qualifieriez-vous l’humour ou l’esprit gaillard liégeois ?
Didier Boclinville: D’abord comme l’humour belge en général. Beaucoup d’autodérision ; c’est bon enfant, franc parlé, sans être vulgaire. On jouera plus sur l’accent. Si on n’a pas l’accent liégeois, on jouera moins sur l’humour liégeois.

Vous tournez surtout en Wallonie, Bruxelles est-elle vraiment une région à part ?
Didier Boclinville: Très peu connaissent mon nom sur Bruxelles. Et il y a des humoristes bruxellois qu’on ne connaît pas ici à Liège ! Maintenant c’est parce qu’il y a la Comédie Centrale à Liège et Charleroi qu’on va de temps en temps à Charleroi. Sinon, Charleroi on ne connaît pas plus et on ne connaît pas forcément les humoristes de Charleroi. C’est quand même fou, hein, on est un petit pays, petite Wallonie, et même de ville en ville, on ne se connaît pas bien !

Ici à Bruxelles, on a l’impression que l’accent liégeois n’est pas du tout perçu de la même manière qu’à Liège.
Didier Boclinville: Quand je fais l’accent liégeois à Liège, on me dit « Mais enfin si tu vas avec ça à Bruxelles, ça ne va pas ! ». Par contre à Bruxelles : « Oui mais tu n’oserais jamais faire ça à Liège ! »

Ah ah !
Didier Boclinville: « Ils vont croire que tu te fous d’eux. Tu vas te ramasser une baigne ! »

Alors que les gens parlent comme ça !
Didier Boclinville: Mais oui, mais les Liégeois ne se reconnaissent pas. Quand je faisais Mario Ciccio dans les restaurants italiens à Seraing, on entendait souvent « Mais t’entends, il parle comme Giovanni ». Ils ne se reconnaissent pas eux, ils reconnaissent leur copain.





Une interview de Lili Sygta





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